April, Raymonde. — «Car j’ignore où tu fuis». — Texte inédit. — Texte d’accompagnement à la série photographique du même nom.

 

 

CAR J’IGNORE OÙ TU FUIS

 

Rivière-du-Loup, juin 1993

 

Les parents ont vendu la maison. Toute la famille s'est réunie une dernière fois. En attendant le repas, on parcourt les chambres. Chacun pour soi, on ramasse ici et là des menus objets en souvenir. On monte au grenier, on descend à la cave. Voilà Ingrid, qui va bientôt avoir treize ans.

 

Charleville, novembre 1991

 

Vue de Charleville, d'une fenêtre du Vieux Moulin, construit sur la Meuse, et devenu en 1969 le Musée Rimbaud. Par la rue montante, on accède à une grande place en arcades, du XVIIe siècle. La maison natale d'Arthur est située à quelques pas d'ici.

 

Québec, juin 1974

 

D'anciennes photos retrouvées ramènent l'ivresse d'une fin d'après-midi de printemps rue Sainte-Ursule. Quand l'orage qui menaçait au loin éclate enfin, le ciel se fend sous les éclairs et les pluies s'abattent sur la ville. Tout le monde court! Des ruisseaux descendent au fil des trottoirs, de la rue Sainte-Anne jusqu'à la rue Saint-Jean, tout en bas. Il y a de cela vingt ans. Ça sent bon l'asphalte mouillée.

 

Montréal, décembre 1993

 

D'un poème de Charles Baudelaire, À une passante .

 

Un éclair... puis la nuit! — Fugitive beauté

Dont le regard m'a fait soudainement renaître

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

 

Ailleurs, bien loin d'ici! trop tard! jamais peut-être!

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais.

 

RAYMONDE APRIL