Nouvelles / News
Automne - hiver 2004
Raymonde April : Bifurcations
Prix du Québec Paul-Emile Borduas 2003
Commissaire invité : Jean-Claude Rochefort
17 octobre 2004 - 20 février 2005
Centre culturel Yvonne L. Bombardier
1000, Avenue J.-A Bombardier, Valcourt (Québec) J0E 2L0
450 532 3033
http://www.centreculturelbombardier.com
http://www.prixduquebec.gouv.qc.ca/recherche/desclaureat.asp?noLaureat=289
Raymonde April
Bifurcations
Le Gouvernement du Québec reconnaît chaque année la valeur de l'ensemble du travail d'un artiste par la plus haute distinction en arts visuels de la province, le prix Paul-Émile Borduas. Depuis 1999(?), le Centre culturel Yvonne L. Bombardier présente une importante exposition solo du lauréat de ce prestigieux prix et demande à l'artiste honoré de choisir son propre commissaire. Par cette formule souple, ce centre culturel veut stimuler la production de nouvelles œuvres et, par cette étroite collaboration entre artiste et commissaire, provoquer une réflexion qui explore de nouvelles avenues. Pour l'aider à concevoir et réaliser son exposition intitulée Bifurcations, l'artiste photographe Raymonde April, lauréate 2003, a choisi le critique d'art et ami Jean-Claude Rochefort.
L'exposition Bifurcations est constituée de deux grandes catégories d'images.
Il y a tout d'abord des images individuelles (Mosaïque, Famille, Quatre amis,
Miroir, Cantine, Pohénégamook, Moulin à l'Isle-Verte, Gymnastique, Échinacée,
Deux horizons, 2004) dans lesquelles les événements de la vie en famille côtoient
de furtifs moments vécus entre proches amis. Une sereine mélancolie traverse
l'atmosphère de ces scènes à la fois autobiographiques et documentaires. Un
autre regroupement d'images photographiques (Sentier national) toutes aussi
seules dans l'espace, présente une succession de variations sur le paysage
: des vues de chemins en forêt, des façades boisées et des affleurements rocheux.
Ces images prises dans le Bas Saint-Laurent, région où a vécu l'artiste et
où elle passe une grande partie de ses étés, jouent sur de subtils rapports
de ressemblance et de dissemblance entre les différentes portions d'espaces
vus et enregistrés. Ces paysages, presque totalement dépourvus de personnes
mais dont les traces de présence humaine restent tangibles, peuvent être interprétés
comme autant de hublots permettant d'entrer dans la vision du monde de l'artiste.
Car le paysage, en tant qu'écho cristallin du moi, prend de plus en plus
d'importance dans la pratique artistique de Raymonde April. Il est devenu
au fil du temps un mode privilégié du traitement du réel par le symbolique
: faire de l'art en prenant des photos et en les agençant selon un ordre jamais
donné d'avance et toujours sujet à de multiples bifurcations
.
Si la première catégorie d'images aborde la question de la familiarité des lieux – et les réminiscences qu'ils suscitent -, la deuxième catégorie d'images fonctionne en société et discute plutôt de l'impossible appropriation des ailleurs. Comment faire siens des pays et des villes quand on ne fait qu'y passer? En se laissant affecter par ce qu'on y découvre, bien sûr, mais reste après l'immense tâche d'organiser la matière recueillie en un tout à la fois dispersé et cohérent. En juxtaposant les images les unes aux autres comme autant de séquences ponctuant le rythme d'une longue phrase, Raymonde April élabore, en un patient jeu de permutations, la syntaxe de sa collection intime d'images. Avec les photos récentes provenant de la Suisse (Les rêves de la raison) et de New York (Inconsciences), elle poursuit et augmente ainsi son projet artistique global : tout embrasser du regard.
Comme dans la plupart des suites photographiques précédentes (L'arrivée des figurants, 1997, par exemple), il ne résulte pas de ces déplacements un récit de voyage dont l'unité de temps et de lieux aurait été simplement bousculée, mais une prose visuelle déterritorialisée qui présente, en dépit de la complexité de son opération de décryptage, tous les aspects d'un singulier langage. Un langage qui est fait d'articulations et de points de passage qui assurent la liaison entre les parties du discours. Mais si les joints sémantiques et formels sont toujours garants d'une logique personnelle mise en place depuis nombre d'années par l'artiste, ils n'en sont pas moins imprévisibles : ils peuvent rebondir, indiquer une autre direction que celle dans laquelle ils nous avaient engagés initialement, bref, bifurquer au moment où l'on s'y attend le moins. Par conséquent, c'est une forme de narration visuelle fortement atomisée qui sous-tend les suites d'images en couleur de Raymonde April. Voilà ce qui rend leur sens inépuisable.
Source : Jean-Claude Rochefort



Raymonde April est née en 1953 à Moncton, Nouveau-Brunswick,
et a grandi à Rivière-du-Loup, dans l’Est du Québec. Elle vit et travaille
à Montréal, où elle enseigne la photographie à l’Université Concordia depuis
1985. Photographe et artiste, elle est reconnue depuis la fin des années soixante-dix
pour sa pratique minimaliste inspirée du quotidien, au confluent du documentaire,
de l’autobiographie et de la fiction. Abondamment exposé au Canada et à l’étranger,
son travail a aussi fait l’objet d’importantes expositions individuelles dont
Voyage dans le monde des choses, organisée par le Musée d’art contemporain
de Montréal en 1986, Les Fleuves invisibles, produite par le Musée d’art de
Joliette en 1997 et mise en circulation au Canada et en France jusqu’en 2000,
ainsi que Tout embrasser, présentée à la Galerie d’art Leonard et Bina Ellen
de l’Université Concordia dans le cadre du Mois de la Photo à Montréal 2001.
Les œuvres de Raymonde April enrichissent les principales collections publiques
canadiennes et de nombreuses collections privées. En novembre 2003, Raymonde
April recevait le Prix Paul-Emile Borduas, la plus haute distinction décernée
par le Gouvernement du Québec à un(e) artiste oeuvrant en arts visuels. Elle
a résidé dernièrement au studio du Conseil des arts et des lettres du Québec
à New York.
Jean-Claude Rochefort est né à Saint-Hilarion de Charlevoix, Québec. Il vit dans Charlevoix et à Montréal où il travaille à titre de critique d'art et de conservateur indépendant. Il a terminé tout récemment une thèse de doctorat en études et pratiques des arts à l'UQAM. Il est membre du comité de rédaction de la revue Spirale. En plus d'avoir écrit de nombreux articles dans cette revue interdisciplinaire, il y a dirigé quelques dossiers, dont un sur l'image numérique et un autre sur l'amour, dirigé en collaboration avec Catherine Mavrikakis (no de septembre-octobre 2004 célébrant le 25ième anniversaire de la revue). Jean-Claude Rochefort travaille également comme critique d'art au Journal Le Devoir. En tant que conservateur indépendant, il avait organisé en 1998 une exposition collective intitulée Blaast (Église Saint-Pierre-Apôtre et 400, rue Atlantique) et, en 1991, il avait conçu et réalisé JES (Ludger Gerdes, Dan Graham, Jeff Wall), une exposition qui fut présentée au Centre international d'art contemporain de Montréal. Il s'intéresse tout particulièrement à la relation entre l'art contemporain et l'environnement naturel habité, ce dont traitait sa thèse de doctorat. Un texte sur ce sujet (De la vulnérabilité de l'œuvre, 2002) a été publié dans le catalogue d'exposition du Symposium Art/Nature Cime et racines, aux éditions d'art Le Sabord.
Raymonde April : Soleils couchants
Livre d’artiste, 64 pages, 23 photographies en couleur et en noir et blanc
VU, Centre de production et de diffusion de la photographie
Editions J’ai VU
Nous n’allions jamais marcher au bord du fleuve. Nous n’allions pas nous baigner. Le plus souvent, c’est de la banquette arrière de la voiture que nous regardions le paysage. Maintenant je passe mes étés à regarder le fleuve, comme une assoiffée qui revient vers son éden. Je cherche, mais en vain, à entrer dans cette image qui m’a obsédée toute ma vie. Comme si j’essayais de retrouver un état que je n’ai jamais vraiment connu, je n’arrive pas à me fixer, à me déposer… à me reposer. Il en est du paysage comme du temps : on le recompose par la mémoire, sans comprendre qu’en fait on le construit de toutes pièces, au fil d’éclairs successifs qui nous aveuglent un peu.

Raymonde April et Michèle Waquant
Aires de migrations
Le Quartier, Centre d¹art contemporain de Quimper
10, esplanade François Mitterrand
29000 Quimper
France
(33) 02 98 55 55 77
Janvier-avril 2005
Centre d¹expositions de Baie-Saint-Paul
23 rue Ambroise-Fafard
Baie-Saint-Paul (Québec) G3Z 2J2
(418) 435 3681
Avril- août 2005
http://www.centredart-bsp.qc.ca
Michèle Waquant et moi nous sommes rencontrées pour la première fois à l’Ecole des arts visuels de l’Université Laval dans les années 70. Nous avons par la suite participé à des projets collectifs, comme la Comme Galerie et la Chambre blanche, à Québec et assisté à l’émergence de nos pratiques artistiques respectives. En 1981, après avoir participé à la création de la Chambre Blanche, Michèle Waquant est partie vivre en France, et je me suis établie à Montréal. Nous sommes toujours restées en contact, et au fil des années, et de nos déplacements géographiques, nos rencontres sont demeurées très vives et très fertiles.
Nous travaillons de façons différentes sur des sujets connexes : la représentation,
le paysage, la mémoire, le temps et la connaissance. Nous sommes chacune à
notre façon attentives et nous étudions le monde réel ; nos productions sont
différenciées, mais apparentées aussi, par leurs sujets, par la récurrence
de ceux-ci.
Dans cette exposition, nous retraçons nos itinéraires respectifs (artistiques,
géographiques, personnels) en réunissant des images, des textes, des documents,
des extraits vidéo ou filmiques inédits. Nous en faisons émerger des œuvres
à part entière. En adoptant un mode d’accrochage qui utilise à la fois le
mur, la projection et le présentoir, nous construisons une histoire nuancée,
une généalogie personnelle et artistique en regards croisés.